Un storyboard, c’est quoi au juste ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite poser le contexte en expliquant les grandes étapes de création d’un film ou d’un clip, pour ceux qui n’en sont pas familier.

Les étapes de création d’un film

Le storyboard fait partie du processus de création d’un média audiovisuel.

Ce processus comprend plusieurs étapes, qui sont plus ou moins longues, et qui peuvent varier selon le média concerné.

Dans le cas d’une vidéo en images réelles (en opposition aux films d’animation), ces étapes sont regroupées en trois phases : la pré-production, qui englobe tout ce qui est fait avant le tournage, le tournage, et la post-production.

La pré-production comprend : l’écriture, dont l’élément central est le scénario, la recherche des financements, la planification et l’organisation du tournage, le casting, le recrutement de l’équipe de tournage… Divers documents de travail sont alors produits, pour la pré-production en elle-même, et pour les étapes suivantes. Le storyboard en fait partie, et selon son but, il peut servir en pré-production, sur le tournage, et parfois en post-production.

Lors de la post-production, les images et les sons issus du tournage sont assemblés et traités, et d’autres éléments y sont ajoutés. Ces éléments additionnels peuvent être déjà existants, comme par exemple les musiques, ou bien être créés en post-production, comme les génériques, les doublages, ou encore les effets spéciaux.

Cette étape englobe : le montage image et son, le mixage sonore, les effets spéciaux, l’étalonnage (traitement des couleurs du film)…

Une fois la post-production finie, le film est distribué et/ou diffusé : à la TV, au cinéma, sur internet, sur support Blu-ray…

Un storyboard, c’est quoi ?

Un storyboard décrit visuellement le déroulé d’un film. Il se comporte d’une succession de cases contenant des dessins, qui décrivent les plans du film. Selon les storyboards, tous les plans peuvent être représentés, ou qu’une partie seulement, et des informations textuelles peuvent ou non accompagner ces cases.

storyboard
Storyboard d’un clip musical (jamais réalisé) sur la musique « Honey » de Eddy de Pretto – Par Emilie Corradi (moi)

Le storyboard est utilisé dans divers domaines comme le cinéma, la télévision, la publicité, l’animation, les jeux vidéos, les clips, les films d’entreprise…

Storyboard de présentation et storyboard de tournage

Un storyboard peut avoir plusieurs fonctions.

Dans tous les cas, il permet de se faire une idée de ce que sera le film une fois achevé.

Le storyboard de présentation, aussi appelé client board, est utilisé en pré-production pour présenter ou vendre un projet.

Le storyboard de tournage sert en pré-production afin de planifier et d’organiser, et sur le tournage afin de guider l’équipe.

Le storyboard de tournage

Le storyboard de tournage est un document de travail, qui sert en pré-production pour l’organisation du tournage et la prévision du budget, sur le tournage lui-même, et parfois en post-production pour les effets spéciaux ou plus rarement pour le monteur ou la monteuse. Il ne sert ni à vendre, ni à trouver des investisseurs.

Il décrit plan par plan le déroulement du film, sauf dans certains domaines comme le clip musical. Pour décrire un plan, une vignette ou plusieurs sont utilisées.

Le storyboard permet ainsi de s’assurer de la continuité de la narration, et du potentiel cinématographique des plans envisagés. Il donne des informations précieuses sur l’intelligibilité des articulations, les informations délivrées au spectateur, la rythmique, et il permet d’approximer la durée du film.

Ainsi, il sert à vérifier le raccord, c’est-à-dire le fait que les plans s’enchaînent bien : un bon storyboard présente une succession fluide des plans, sauf si le but recherché est justement de créer une rupture par le montage. Pour s’assurer de cette fluidité, il faut respecter certaines règles cinématographiques, comme la règle des 180 degrés. Comme toutes les règles cinématographiques, elle peut être transgressée, mais au risque de désorienter le spectateur et de rendre la narration moins fluide. Aussi, mieux vaut connaître les règles classiques plutôt que de les transgresser sans raison et de produire un effet indésirable.

Le storyboard de tournage est aussi un document de travail sur le tournage. Il complète alors d’autres documents, qui sont en grande majorité textuels. Il peut y être utile par bien des aspects. En effet, il comprend tous les plans à filmer, et ainsi il permet à chacun d’avoir une idée précise de ce qui doit être fait lors du tournage. Comme il permet d’avoir un aperçu du montage final, il permet de filmer les plans vraiment utiles à la narration. Ainsi, il sert à éviter les pertes de temps et d’argent sur des plans inutiles ou encore pire, l’oubli de filmer des plans cruciaux pour la narration filmique. Sa fonction sur le tournage passe aussi par ses indications de mise en scène, et aussi ses indications de composition d’image. Les suggestions du storyboard sur le décor peuvent servir au chef décorateur.

Ainsi, contrairement au storyboard de présentation, il comprend des indications techniques telles que les mouvements de caméras.

Afin de faire son storyboard de tournage, le dessinateur ou la dessinatrice se base sur divers documents, et surtout sur le découpage technique lorsqu’il existe, ce qui est le cas pour les longs-métrages cinéma et télévisuels.

découpage technique
Découpage technique du court-métrage MAXIME
Par Emilie Corradi (moi)

Le storyboard se construit aussi en grande partie à partir du scénario s’il existe, ce qui est encore une fois le cas pour les longs-métrages, ou encore les films d’animation.

Scénario
Extrait du scénario du court-métrage MAXIME
Par Emilie Corradi (moi)
Storyboard
Storyboard du court-métrage MAXIME
Par Emilie Corradi (moi)

Il peut parfois servir aux monteurs, ou pour les effets spéciaux. En effet il permet de savoir précisément quels éléments devront être modélisés en 3D (images de synthèse).

L’aspect graphique est moins poussé que pour le storyboard de présentation. Le style est plus relâché, moins léché, car ce n’est pas la priorité, et qu’il doit être fait plus rapidement. Il est presque toujours en noir et blanc, et il peut contenir des niveaux de gris. Son style est simple, afin que la reproduction (photocopie et impression), qui dégrade l’image, ne lui enlèvent en rien de sa clarté. En effet, il devra être distribué à un grand nombre de personnes.

Ainsi, la priorité est à la lisibilité, et pour des projets personnels des bonhommes bâtons peuvent suffirent. Cependant, les storyboards faits par des professionnels du métier ont un niveau de graphisme plus élevé, ce qui permet d’avoir une idée plus précise du rendu final du film.

Le storyboard de présentation

Le storyboard de présentation est celui qui sert à vendre, à trouver des fonds, à présenter une idée au client ou à un réalisateur.

A ce stade, le projet est loin d’être aussi développé que pour un storyboard de tournage. Il s’agit de visualiser une idée plus globale du futur film, et d’en communiquer le ton et l’ambiance. Son visuel est plus travaillé, et il est souvent en couleurs.

Si le projet ne plaît pas assez ou ne trouve pas investisseur, il peut être tout simplement abandonné, ou bien entièrement remanié.

Il ne comprend pas d’indications techniques : en effet, son but n’est pas d’être utilisé sur le tournage. Il n’y a pas de volonté de s’assurer de l’enchaînement fluide des plans. Si l’idée est validée, elle sera alors développée.

Pour toutes ces raisons, le storyboard de présentation contient moins de vignettes que celui de tournage. Il comprend uniquement les image-clés, qui correspondent aux moments les plus significatifs du projet.


La suite : Les éléments constitutifs du storyboard